Application de la thermographie infrarouge en médecine légale : un test valable pour l’objectivation des syndromes douloureux ? Dysfonctionnement temporomandibulaire

ORIGINAL

Application de la thermographie infrarouge en médecine légale : un test valable pour l’objectivation des syndromes douloureux ? Dysfonctionnement temporomandibulaire

Application de la thermographie infrarouge en médecine légale. S’agit-il d’un test valide pour une évaluation objective des syndromes douloureux ? Trouble temporomandibulaire

E. Hidalgo Salvador1, F. Álvarez González2 et A. Salvador Luna1

1Spécialistes en médecine légale et médico-légale
2Médecin légiste

Adresse pour la correspondance

SUMMARY

L’un des objets d’étude de la médecine légale et médico-légale est l’évaluation des dommages causés aux personnes dans différentes circonstances : accidents de la circulation, accidents du travail, agressions physiques…. L’utilisation de tests complémentaires a été, est et continuera d’être un pilier fondamental pour l’évaluation objective des conséquences que ces blessures ont sur ceux qui les subissent. Nos rapports d’expertise doivent apporter les preuves nécessaires afin de justifier la symptomatologie résiduelle évoquée par le blessé. L’un des points les plus controversés est l’objectivation de la douleur rapportée par les blessés. En ce sens, la thermographie infrarouge (IRT) est devenue un outil complémentaire très utile pour l’évaluation des processus douloureux, permettant d’identifier les altérations physiopathologiques du milieu interne qui justifient les symptômes douloureux rapportés par les patients. Ses applications médicales sont multiples et son utilisation est actuellement réglementée et normalisée par des sociétés scientifiques qui assurent le contrôle de la qualité des études. Afin d’introduire et de diffuser l’utilisation de ce test complémentaire dans le domaine médical légal, nous présentons un cas dans lequel l’IRT a permis d’identifier des altérations de l’équilibre thermique des muscles masticateurs chez un patient qui a signalé des douleurs dans l’articulation temporomandibulaire droite après un traumatisme craniocérébral modéré-sévère.

Mots clés : thermographie infrarouge. Dysfonctionnement temporomandibulaire. La médecine légale. Évaluation des lésions corporelles.

ABSTRACT

L’un des objectifs de la médecine légale est l’évaluation des lésions subies par les patients lors de différentes situations (c’est-à-dire les collisions de la circulation, les accidents du travail, les agressions physiques, etc.) L’utilisation de tests complémentaires a toujours été un facteur clé pour une évaluation objective des conséquences de ces blessures et nos rapports d’expertise devraient inclure toutes les preuves nécessaires pour prouver les symptômes résiduels rapportés par les patients. L’une des questions les plus controversées a été et continue d’être la vérification de la douleur référée par nos patients. Dans ce sens, la thermographie infrarouge est devenue un outil utile dans l’évaluation des processus douloureux, nous permettant d’identifier les changements physiopathologiques dans l’environnement interne qui peuvent prouver la condition douloureuse. En plus de ses multiples applications médicales, son utilisation est actuellement réglementée et normalisée par des associations scientifiques qui veillent au respect des normes de qualité. Afin d’introduire et de diffuser l’utilisation de ce test complémentaire dans le domaine médico-légal, nous rapportons un cas sur lequel l’utilisation de la thermographie infrarouge a permis d’identifier des anomalies de l’équilibre thermique des muscles masticateurs sur un patient qui a signalé une douleur de l’articulation temporomandibulaire droite après avoir subi un traumatisme crânien modéré à sévère.

Mots clés : Thermographie infrarouge. Trouble temporomandibulaire. Médecine légale. Évaluation des dommages corporels.

Introduction

La pathologie de l’articulation temporomandibulaire (ATM) touche une population importante, bien qu’elle ne soit pas considérée comme un problème de santé publique. Entre 3 et 7 % de la population cherche à se faire soigner pour des douleurs et des dysfonctionnements de l’ATM ou des structures connexes1. Les études révèlent une extraordinaire variabilité dans la prévalence des symptômes (6-93%) et des signes cliniques (0-93%), probablement liée aux différents critères cliniques utilisés. Dans les études d’imagerie, des signes sont fréquemment trouvés sans se traduire par une symptomatologie clinique. Les changements radiographiques de l’ostéoarthrose sont observés chez 14% à 44% de la population1. L’âge est un facteur de risque, mais avec des nuances. Chez les personnes âgées, la prévalence des signes cliniques et radiographiques est plus élevée, mais la prévalence des symptômes et de la demande de traitement est plus faible que chez les jeunes adultes. Environ 7% de la population âgée de 12 à 18 ans reçoit un diagnostic de douleur ou de dysfonctionnement mandibulaire.1

Le dysfonctionnement temporomandibulaire (DTM) est plus fréquent chez les femmes. Ses causes comprennent les traumatismes aigus, les microtraumatismes chroniques, la malocclusion et les défauts de forme ou de développement1. Son principal symptôme est une douleur péri-auriculaire lors de la mastication, mais elle peut également survenir au repos.

L’évaluation médico-légale de ce trouble est fréquemment demandée, généralement à la suite de blessures, dues à une agression ou à un accident de la route.

La thermographie infrarouge (IRT) est un outil simple, non invasif, biodurable et peu coûteux qui fournit des données précieuses pour déterminer s’il faut ou non poursuivre des études plus spécifiques. Comme il n’utilise aucune radiation, il peut être utilisé sans risque chez les enfants et les femmes enceintes. En outre, elle peut être répétée autant de fois que nécessaire, avec des garanties quant à la répétabilité des résultats. Cette technique ne remplace pas les autres tests de diagnostic, mais les complète, et fournit au professionnel des informations plus fonctionnelles par rapport à la pathologie ou aux blessures dont souffrent les patients.

Le TIR permet, par le simple geste de prendre une photo ou une vidéo, d’enregistrer sans contact l’énergie qui rayonne du corps humain2. Cette technique a commencé à être utilisée dans le domaine médical dans les années 60, mais en raison des mauvais résultats en tant qu’outil de diagnostic et du manque de protocoles standardisés, elle a cessé d’être utilisée en raison de la disponibilité d’autres techniques de diagnostic plus précises2.

Le rayonnement infrarouge émis par les corps sous sa température est capturé et quantifié par des capteurs qui détectent ce type de rayonnement et le convertissent en images électroniques qui peuvent être affichées, numérisées et enregistrées. Une caméra thermographique est un dispositif qui, sans entrer en contact avec l’objet (technique non invasive), détecte l’énergie infrarouge et la convertit en un signal électrique qui est ensuite traité en une image thermique sur un moniteur pour effectuer l’analyse à partir des différentes températures.

L’image obtenue dans le TIR peut être considérée comme une carte thermique de la zone étudiée, révélant les conditions physiopathologiques associées à divers troubles. Son application médicale repose sur la physiologie thermique humaine et les bases physiopathologiques de la thermorégulation cutanée.

Les projections et les modèles thermiques physiologiques ont été normalisés, de sorte que leur application en médecine est soumise à des normes de qualité3. De manière générale, deux aspects peuvent être évalués : les variations qualitatives du schéma thermique physiologique et les variations quantitatives. Les variations qualitatives se manifestent en cas d’altération de la symétrie thermique qui caractérise le schéma thermique physiologique ; les variations quantitatives nécessitent la détermination de la température de la zone étudiée et l’existence d’une différence de température de plus de 0,2-0,3 oC par rapport à la zone thermique entourant la zone étudiée ou par rapport à la même zone dans la moitié controlatérale4.

La TIR diffère des études d’imagerie radiographique habituelles car, alors que ces dernières révèlent des anomalies structurelles, la thermographie permet d’obtenir l’expression physique des altérations fonctionnelles qui justifient les symptômes des patients. Ainsi, des images hyperthermiques apparaissent en cas de réactions inflammatoires (augmentation du flux sanguin due à une plus grande activation cellulaire), et des images hypothermiques sont observées en cas de compression ou de processus dégénératif5. Le type d’altération thermique dépend de l’intensité du phénomène biologique qui se produit, ainsi que de la taille et de la profondeur du tissu concerné. Elle ne révèle pas les altérations anatomiques, mais plutôt l’état des tissus6.

En pratique, l’IRR présente de grands avantages. Il s’agit d’un test simple, sans risque pour le sujet examiné (non invasif), applicable en temps réel et de manière dynamique, grâce aux logiciels de traitement d’image avancés d’aujourd’hui, avec la possibilité de suivre des processus évolutifs et une répétabilité illimitée. C’est une méthode unique pour montrer les processus physiologiques et métaboliques, comme la sensation de douleur, en révélant l’effet combiné du système nerveux autonome et du système vasculaire sur la température7.

Son application en médecine clinique est exceptionnelle dans le milieu hospitalier en Espagne. Cependant, dans d’autres pays de notre environnement son utilisation clinique est plus courante.

Dans le domaine de la médecine légale n’est pas une technique d’utilisation généralisée. En fait, en Espagne, aucun institut de médecine légale ne dispose de l’IRR parmi son arsenal de techniques complémentaires, et son utilisation est limitée au secteur privé. Cependant, ces derniers mois, nous assistons à un impact médiatique inhabituel de l’IRR appliquée à l’étude de diverses questions médico-légales dans des cas très pertinents pour l’opinion publique, comme l’étude thermographique du bûcher du domaine Las Quemadillas dans le  » cas Breton  » ou la thermographie aérienne dans le cas  » Marta del Castillo « .

En 2009 et 2010, l’IRR est devenu très populaire pour son utilisation comme mesure de prévention et de dépistage dans la détection des personnes présentant des symptômes de la grippe A (principalement de la fièvre) dans les aéroports et autres lieux publics.8

Matériel et méthode

Nous présentons un cas clinique expert en relation avec un accident de la circulation survenu en 2012, après avoir informé la blessée et obtenu son autorisation en remplissant le document de consentement éclairé correspondant. Dans ce cas, une étude TIR a été réalisée afin de vérifier l’existence d’altérations de l’ATM droite et d’opter pour des études plus spécifiques et plus coûteuses pour la partie lésée.

Une caméra FLIR A320 (FLIR Systems, Suède) a été utilisée pour l’étude thermographique. Vingt-quatre heures avant la réalisation du test, le patient a été informé par téléphone de la nécessité de surveiller les variables d’influence afin de s’assurer qu’il n’y avait pas de facteurs d’interférence (activité physique ou traitement physique le plus récent, douche précédente ou crème/gel/spray, alimentation, caféine et drogues, consommation de tabac ou d’alcool).

La température ambiante (21 oC), la pression atmosphérique (954 hPa) et l’humidité (49%) sont restées stables et dans la fourchette idéale pour les études thermographiques chez l’homme.6,9,10.

L’acquisition thermographique a été réalisée à 11h23. À ce moment-là, le patient était à jeun depuis 20 heures la veille. Deux images ont été prises, une pour chaque hémiface, et quatre zones d’intérêt sur chaque moitié du visage ont été analysées.

En outre, une revue de la littérature a été effectuée en utilisant la base de données PubMed (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed) pour les termes : thermographie infrarouge et trouble temporomandibulaire et thermographie infrarouge et dentisterie. Aucune limite n’a été appliquée à la recherche en raison du nombre limité d’entrées obtenues. Les publications incluses dans la présente étude ont été obtenues grâce aux ressources disponibles à la bibliothèque de l’Université de Malaga (http://www.uma.es).

Résultats

Une femme âgée de 20 ans, sans antécédents médicaux connus, qui a été impliquée dans un accident de la route en mai 2012 alors qu’elle voyageait à l’intérieur d’une voiture, sur le siège arrière gauche, en portant une ceinture de sécurité. La dynamique de l’accident, telle qu’elle ressort du rapport établi par les forces de sécurité dépêchées sur les lieux de l’accident, est la suivante : perte de contrôle du véhicule en raison des circonstances routières avec plusieurs chocs contre des éléments de la chaussée, ce qui a entraîné un fort impact de la tête de la personne voyageant à côté d’elle contre le côté droit de la tête de la patiente. Suite à ce traumatisme, elle a été transportée à l’hôpital de référence, où on lui a diagnostiqué les blessures suivantes :

– Fracture de la paroi antérieure et externe du sinus maxillaire droit avec occupation partielle de celui-ci.

– Fracture comminutive avec déplacement des fragments de l’arcade droite et de l’os zygomatique qui au niveau de la paroi latérale de l’orbite a présenté un déplacement du fragment médial au niveau infra-orbitaire avec déplacement de la musculature externe.

Dans le cadre d’un traumatisme à haute énergie de la région cranio-faciale droite, outre les fractures décrites, le patient a également subi un traumatisme cervical indirect et une réaction de stress aiguë qui ont nécessité un traitement spécialisé. Comme traitement des fractures faciales, le patient a été opéré et a subi une réduction et une ostéosynthèse avec deux miniplaques.

Deux reconstructions tridimensionnelles représentatives de l’étude tomodensitométrique réalisée sont présentées dans la figure 1.

Après la période de guérison, et une fois les blessures stabilisées, le patient s’est présenté à notre cabinet pour demander une étude médicale d’expertise en rapport avec les dommages subis lors de l’accident. À ce moment-là, sans entrer dans tous les symptômes résiduels évoqués par la patiente et qui ont dû être évalués par des neurologues et des otorhinolaryngologistes, la patiente a signalé une sensation de claquement avec douleur lorsqu’elle ouvre la bouche et la ferme avec force, surtout du côté droit de l’ATM. Cette symptomatologie avait été présente insidieusement tout au long du processus de guérison, mais n’avait pas été évaluée par les spécialistes correspondants.

Dans notre examen, nous avons observé des claquements lors de l’ouverture et de la fermeture de l’ATM droite et une douleur localisée dans l’ATM lors de mouvements contre résistance, le tout associé à une déviation de la ligne médiane vers le côté droit, qui était évidente à l’œil nu.

Dans le cadre de notre mécanique de travail, nous avons réalisé une étude TIR de la région faciale en suivant les normes recommandées par l’Association européenne de thermologie 10, en utilisant une caméra FLIR A320 sans contact à haute résolution (320 × 240 pixels) (avec plus de 76 800 points de mesure individuels par image à une vitesse de 60 Hz).

Pour l’analyse quantitative, conformément aux études de Lobo Sanz11 (dont les mesures thermographiques ont été réalisées sous la direction du professeur Sillero à la faculté des sciences du sport de l’université polytechnique de Madrid), trois zones correspondant au muscle temporal, au muscle masséter et à l’ATM ont été prélevées. Comme valeur ajoutée à notre étude, la température de la zone correspondant à l’insertion musculaire proximale du sternocleidomastoïde au niveau de l’apophyse mastoïde a été quantifiée.

L’analyse qualitative de l’étude thermographique a montré les altérations qualitatives suivantes du schéma thermique physiologique :

– Hyperémission de la moitié droite de la musculature cervicale antérieure.
– Hyperémission au niveau des fibres les plus inférieures du temporal droit en relation avec l’arcade zygomatique.
– Hyperémission au niveau de l’insertion du muscle mastoïde droit.
– Hyperémission du masséter du côté droit.
– Hyperémission de la moitié droite de l’orbicularis oris.
– Hyperémission périarticulaire au niveau de l’ATM droite.

La détermination quantitative de la température moyenne des zones explorées est détaillée dans le tableau 1.

Figure 2 montre les images numérisées de l’étude thermographique réalisée, avec les points de mesure sélectionnés.

Au vu des résultats obtenus, nous avons suggéré que la patiente soit examinée par son dentiste habituel afin de déterminer si d’autres études pourraient être nécessaires pour établir le diagnostic étiologique de la douleur qu’elle ressentait au niveau de son ATM droite. Suivant les indications de son dentiste, la patiente a subi une orthopantomographie, qui a montré l’existence d’un désalignement de l’arc mandibulaire avec un déplacement vers la droite par rapport à une étude antérieure (année 2011) à l’accident subi en mai 2012.

Avec ces résultats, la patiente a été orientée vers la consultation d’un médecin spécialisé en chirurgie orale et maxillo-faciale, qui a établi un diagnostic de  » dysfonctionnement de l’ATM droite d’origine traumatique  » et a indiqué un traitement conservateur avec une attelle de décharge.

La figure 3 montre l’orthopantomographie réalisée en 2011, et la figure 4 montre l’orthopantomographie de 2012, qui montre en détail l’existence d’une déviation de l’arc inférieur vers le côté droit.

Discussion

Dans la lignée des qualités du bon expert définies par Gisbert Calabuig dans son célèbre ouvrage, l’objectivité et la véracité doivent être les principes fondateurs de l’exercice de nos fonctions. Parmi l’éventail des séquelles physiques et fonctionnelles que, dans le domaine de l’évaluation du dommage corporel, nous devons évaluer afin de statuer sur sa portée et ses répercussions, la douleur est sans doute la plus complexe à objectiver avec les moyens diagnostiques dont nous disposons. Cependant, malgré sa difficulté probante, la douleur est considérée comme l’une des séquelles les plus invalidantes.

La douleur est une  » expérience sensorielle-émotionnelle désagréable, associée à un dommage tissulaire réel ou potentiel  » (Association internationale pour l’étude de la douleur). Il s’agit d’un symptôme subjectif qui doit être pris en compte chez tout patient souffrant. Notre devoir en tant qu’experts, à la différence du rôle des soins médicaux, qui agissent guidés par le principe de confiance qui doit régir la relation entre le médecin et le patient, est de fournir autant de preuves dans notre rapport afin de prouver avec le maximum de garanties une telle circonstance.

Dans l’intention d’amener l’utilisation de l’IRR dans le domaine de l’expertise médicale ou de la médecine légale, nous présentons ce cas dans lequel son application a servi à atteindre le diagnostic de la pathologie de l’ATM droite que le patient avait à la suite d’un traumatisme subi en 2012.

Malgré l’importance des lésions subies lors de ce traumatisme (fracture de la paroi antérieure et externe du sinus maxillaire, et fracture comminutive avec déplacement de fragments de l’arcade droite et de l’os zygomatique) et les symptômes cliniques de douleur de l’ATM droite manifestés par le patient en relation avec la mastication après la phase de repos fonctionnel, les examens nécessaires n’ont pas été réalisés pour établir le diagnostic de l’origine de la douleur.

L’étude par TIR, au sein de la batterie de tests complémentaires que nous transmettons de manière protocolisée à tous nos experts, a permis de mettre en évidence des altérations du schéma thermique du visage et d’établir un diagnostic de suspicion qui a finalement été confirmé par l’étude radiographique correspondante.

L’origine de la dysfonction au niveau de l’ATM droite a été située dans les conséquences que le traumatisme à haute énergie subi par le patient en 2012 a eu sur la biomécanique du système, modifiant la relation spatiale entre les différentes structures articulaires impliquées dans le mouvement mandibulaire.

La déviation de la branche mandibulaire vers le côté douloureux est un signe qui apparaît également dans le syndrome douleur-dysfonction de l’ATM, une pathologie dont la prévalence est très importante dans la population.

La déviation de la branche mandibulaire vers le côté douloureux est un signe qui apparaît également dans le syndrome douleur-dysfonction de l’ATM, une pathologie dont la prévalence est très importante dans la population.12 Dans notre cas, conformément au protocole de l’étude, le patient a été diagnostiqué avec un syndrome douleur-dysfonction de l’ATM. Dans notre cas, conformément aux critères du chirurgien maxillo-facial, nous avons considéré que le diagnostic étiologique était le traumatisme, car le traumatisme en lui-même est une cause suffisante pour générer ce type de trouble et parce que le patient avait déjà dépassé l’adolescence. Dans tous les cas, hormis la présence d’un antécédent traumatique clair, il n’y a pas de différences sur le plan clinique.

L’application de l’IRR pour le diagnostic de la pathologie de l’ATM a déjà été abordée dans de nombreuses publications. Gratt et Sickles13,14 ont signalé que des sujets asymptomatiques présentaient des schémas symétriques de températures dans la zone temporomandibulaire, avec des variations de température de 0,1 oC. Ces mêmes auteurs ont trouvé des asymétries thermiques chez des patients souffrant de douleurs temporomandibulaires, mettant en évidence des variations de température de 0,4 oC (± 0,2 oC d’écart-type)15.

Dans notre étude, la différence entre les températures moyennes obtenues du côté sain et du côté endommagé était de 0,7 oC (hyperthermie du côté droit) au niveau de l’ATM, obtenant ainsi une asymétrie thermique encore plus importante que dans les cas symptomatiques rapportés dans les études.

Une étude en double aveugle réalisée en 1996 par McBeth et Gratt16 a montré que l’IRR permet de distinguer les patients qui suivent un traitement orthodontique actif de ceux qui souffrent de dysfonctionnement temporomandibulaire.

En 2004, Fikackova et Ekberg17 ont évalué positivement les résultats obtenus par l’IRR comme outil de diagnostic dans les cas d’arthralgie de l’ATM17.

Mostovoy18, dans une publication récente incluse dans le livre des procédures de l’Association européenne de thermologie (2012), conclut que l’étude thermographique de la région faciale offre de multiples possibilités dans le diagnostic des troubles dentaires d’origine inflammatoire ou irritative.

Plus récemment, en 2013, Rodrigues-Bigaton et al.19. ont étudié la précision et la fiabilité de l’IRT dans le diagnostic de la douleur chez les femmes souffrant de dysfonctionnement temporomandibulaire, et ont conclu que le test a une excellente fiabilité inter et intra-juges, mais une faible précision, dans le diagnostic de la douleur d’origine myogénique chez les femmes souffrant de dysfonctionnement temporomandibulaire. Ce même groupe de travail a analysé la température centrale des muscles impliqués dans la mastication (masséter, temporal) et a conclu que ces données ne fournissent pas une précision suffisante pour le diagnostic d’une dysfonction temporomandibulaire d’origine myogène20. Dans une autre étude, publiée début 2013, ils ont analysé si la température des muscles masticateurs était liée à l’intensité de la douleur chez les femmes souffrant de dysfonctionnement temporomandibulaire d’origine myogénique, et ont exclu une telle possibilité21.

Dans notre cas, nous n’avons pas analysé la relation entre la douleur et la température des muscles masticateurs, comme l’ont fait les études susmentionnées. Le patient a signalé une douleur d’intensité légère au repos, mais elle est devenue modérée à sévère en relation avec la mastication d’aliments solides. Compte tenu des différences de température mises en évidence dans le muscle temporal (0,5 oC) et dans le muscle masséter (0,2 oC), on ne peut exclure que l’analyse thermographique de ces zones puisse être utile pour le diagnostic de la dysfonction temporomandibulaire, quelle qu’en soit l’origine. En tout cas, toutes les études rapportées par le groupe de travail de Rodrigues-Bigaton ont exclu les cas ayant des antécédents de traumatisme facial ou de chirurgie temporomandibulaire, se concentrant uniquement sur l’application du TIR comme méthode de diagnostic dans les cas de dysfonctionnement temporomandibulaire d’origine myogénique ou idiopathique.

Pour sa part, Lobo Sanz11 conclut dans son étude que, compte tenu des résultats obtenus et en raison du développement de l’IRT ces dernières années et de l’apparition de caméras thermographiques numériques de haute précision, l’étude et le développement de cette technique en dentisterie pour le diagnostic des troubles musculo-squelettiques de la dysfonction temporo-mandibulaire semble viable.

Nous n’avons pas trouvé dans la revue de la littérature de cas d’application du TIR dans le domaine de la médecine légale à des fins médico-légales.

Comme future ligne de travail, nous proposons l’évaluation thermographique de l’insertion musculaire au niveau du processus mastoïde comme un domaine d’intérêt dans l’étude de la dysfonction temporomandibulaire. Nous avons obtenu une différence thermique significative, avec une hyperthermie du côté lésé, qui, évaluée avec l’hyperémission observée dans la moitié droite de la musculature cervicale antérieure, pourrait être l’expression d’une surcharge fonctionnelle du digastrique, un muscle impliqué dans la mastication.

Conclusion

L’IRT est présentée dans ce cas comme un outil efficace pour établir le diagnostic suspecté d’une altération qui avait été négligée pendant l’évolution après le traumatisme subi par le patient. Cette situation se produit fréquemment dans nos cabinets, et l’IRR présente un certain nombre de caractéristiques qui en font un test très utile pour la pratique quotidienne dans le domaine de la médecine légale : application simple, faible coût, aucun risque pour le candidat (non invasif), biosoutenable, applicable en temps réel et de manière dynamique, et grâce au logiciel avancé de traitement d’images qui permet aujourd’hui de suivre les processus évolutifs avec une répétabilité illimitée.

Les changements physiopathologiques associés aux états douloureux aigus ou chroniques peuvent être évalués par les variations de la température de surface du corps. Compte tenu des difficultés que nous rencontrons dans le cadre de nos procédures d’expertise pour justifier l’existence des douleurs évoquées par les experts, nous pensons que le TRI peut être un outil utile et valable à cette fin.

L’évaluation des résultats doit être réalisée par des experts, en établissant de manière critique la relation clinico-thermographique et en contrôlant les facteurs d’influence caractérisés par Fernández Cuevas2 pour éviter les diagnostics erronés ou imprécis.

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêts

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