Hépatite auto-immune séronégative, description de 2 cas en âge pédiatrique | Anales de Pediatría

L’hépatite auto-immune classique (AIH) est une hépatite chronique progressive de cause inconnue, causée par l’action du système immunitaire sur l’hépatocyte. Son diagnostic repose sur les résultats de laboratoire (hypertransaminasémie, hypergammaglobulinémie et présence d’auto-anticorps) et une biopsie hépatique compatible : hépatite interphasique, infiltration plasmocytaire, formation de rosettes (transformation microacinaire des hépatocytes) et/ou fibrose, nécrose et cirrhose.

Ces dernières années, une nouvelle entité a été décrite, l’AIH séronégative, dont il existe peu de publications en pédiatrie1,2. 1,2 Elle est similaire à l’AIH classique, mais avec l’absence d’auto-anticorps et peut apparaître en association avec d’autres maladies auto-immunes. 2,3 Elle présente des signes cliniques et biochimiques d’hépatite chronique, sans aucun signe d’autres étiologies possibles (infectieuses, métaboliques, toxiques, etc.). Les résultats de laboratoire comprennent généralement une hypertransaminasémie et des auto-anticorps négatifs, et dans 25 % des cas, l’hypergammaglobulinémie peut ne pas être présente. La biopsie hépatique doit être compatible avec l’AIH et ces patients répondent bien au traitement immunosuppresseur, comme dans l’AIH classique4,5.

Nous avons examiné 2 cas d’hépatite chronique de cause inconnue avec présence de fibrose dans la biopsie hépatique dans notre clinique de gastroentérologie pédiatrique, afin d’établir s’ils pouvaient être compatibles avec une AIH séronégative.

Il s’agissait d’un patient masculin de 12 ans adressé à notre cabinet pour avoir présenté une hypertransaminasémie persistante de 2 ans d’évolution (GOT62-325U/l, GPT100-430U/l), détectée par hasard lors d’une analyse de routine, et d’une patiente de 6 ans chez qui une maladie cœliaque avait été diagnostiquée 3 ans auparavant, qui présentait une hypertransaminasémie avant le diagnostic, qui persistait dans les analyses sanguines de suivi ultérieures (GOT80-630U/l, GPT90-820), malgré la normalisation des marqueurs de la maladie cœliaque.

Dans les deux cas, l’étude d’une hypertransaminasémie persistante avait été réalisée sans pouvoir établir une étiologie : biochimie générale avec métabolisme du fer normal, marqueurs négatifs de la maladie cœliaque (dans le second cas normalisés depuis le début du régime sans gluten). Coagulation sans altération, fonction thyroïdienne normale, immunoglobulines normales. Il n’y avait pas de prise antérieure de médicaments hépatotoxiques et l’étiologie infectieuse, l’AIH classique (auto-anticorps négatifs), le déficit en alpha-1-antitrypsine, la maladie de Wilson, le déficit en lipase acide lysosomale, les maladies musculaires et métaboliques ont été exclus. Des échographies abdominales en série et une cholangio-IRM ont été réalisées, dans lesquelles aucun résultat pathologique n’a été observé. Dans les deux cas, après la négativité de toutes ces études, et compte tenu de la persistance de l’hypertransaminasémie, une biopsie du foie a été réalisée et décrite comme une fibrose hépatique idiopathique.

Après avoir contacté le service de pathologie, la possibilité d’une IAH séronégative a été évoquée et un examen ciblé de l’histologie des deux cas a été réalisé. Il en ressort une cirrhose et une infiltration plasmocytaire, une hépatite interphasique dans le premier cas et une nécrose dans le second cas. Aucune formation de rosette n’a été observée. Sur la base de ces résultats, il est déclaré compatible avec l’AIH séronégative. Le tableau 1 détaille les résultats anatomopathologiques et les caractéristiques cliniques de ces 2 patients.

Tableau 1.

Caractéristiques cliniques et résultats anatomopathologiques de nos 2 patients

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Age

Case 1 Cas 2
12 ans. 6 ans
Gender Male Female
Histoire personnelle . Maladie cœliaque
Clinique Asymptomatique Asymptomatique
Autoanticorps
Akt. Antinucléaire
Anti-mitochondrial
Anti-muscle lisse
Anti-cellule pariétale
Anti-ADN
Anti-LKM 1 (microsomes de foie/rénale)
Ac. anti LC1 (cytosol hépatique)
Ac. anti AMA-M2
Ac. anti F-actine
Ac. SLA (liver soluble antigen)/LP
Ac. anti gp210
Ac. anti sp100
Négatif Négatif
IgG Dans la gamme normale Dans la gamme normale.
Anatomie pathologique
Hépatite interphasique
Infiltrat de cellules plasmatiques
Formation de rosettes
Fibrose, cirrhose
Nécrose
Oui
Oui
Non
Oui
Non
Non
Oui
Non
Non
Oui
Oui

Au vu de ces constatations à l’examen anatomopathologique, En accord avec la famille, il est donc décidé de commencer dans les deux cas un traitement aux corticostéroïdes à raison de 2mg/kg/jour de façon décroissante jusqu’à 2,5mg tous les deux jours, et l’azathioprine est ajoutée après 15 jours à raison de 0,5mg/kg/jour de façon croissante jusqu’à atteindre 2mg/kg/jour.

A 3 mois du début du traitement, on a observé une normalisation des transaminases (GOT et GPT), qui s’est maintenue à 6 mois, avec des doses minimales de corticothérapie. Le tableau 2 détaille l’évolution des transaminases dans les deux cas.

Tableau 2.

Évolution des transaminases chez nos 2 patients

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Cas 1

31

Préalable à la biopsie du foie Début du traitement Après 3 mois du début du traitement Après 6 mois du début du traitement Après. 6 mois après le traitement
GOT (U/l) 62-325 89 40
GPT (U/l) 100-430 163 58 35
Cas 2 GOT (U/l) 80-630 82 26 33
GPT (U/l) 90-820 93 22 18

Conclusions

Dans nos La révision histologique de l’expérience avec le pathologiste ciblant l’HAI séronégative dans les cas de fibrose non filaire a conduit à un nouveau diagnostic et a permis un traitement efficace pour ces patients.

L’AIH séronégative est une nouvelle entité rarement décrite dans le groupe d’âge pédiatrique. Actuellement, face à une hépatite chronique de cause inexpliquée, une possible étiologie auto-immune doit être envisagée, surtout s’il existe des antécédents d’une autre maladie auto-immune telle que la maladie cœliaque2,3, malgré la découverte d’auto-anticorps négatifs. Dans ces cas, une biopsie du foie est recommandée, et si elle est compatible avec une maladie auto-immune, un traitement immunosuppresseur doit être mis en place précocement pour prévenir la progression de la maladie hépatique.

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