Instituto de Investigación de Drogodependencias

Articles d’opinion

Médicament d’ordonnance légal ou pilule du bonheur ?

Alex Penas Pérez

L’article que je présente ci-dessous est le résultat de 7 ans d’expérience professionnelle dans le domaine de l’aide aux personnes ayant des problèmes de toxicomanie. Au cours de cette trajectoire et de l’accompagnement individuel de ces personnes dans leur processus de désintoxication, j’ai eu l’impression à plusieurs reprises de les pousser vers une porte de sortie avec un piège, une porte tournante mue par des tiers que vous comprendrez après mon explication.
Pour commencer, je voudrais me servir d’un cas hypothétique mais tout à fait généralisé du processus évolutif de la plupart des personnes traitées dans les centres d’aide aux toxicomanies, qui dans une grande mesure, initient leur consommation à l’époque des années 80-90.
Lorsqu’une personne souffrant d’une dépendance à l’héroïne, par exemple, s’adresse au réseau standard de médicaments et au psychiatre, la première aide qu’elle trouvera est la prescription de méthadone (qui est utilisée comme substitut de l’héroïne, bien qu’il s’agisse d’un opiacé tout comme l’héroïne. La différence, c’est que le toxicomane n’a plus besoin de se procurer de l’argent pour en prendre. Au fur et à mesure que je vous l’expliquerai, vous comprendrez mieux).
Le début du traitement à la méthadone met fin à la consommation de drogue, mais seulement pour un temps. Il faut se rappeler que le problème du toxicomane ne se limite pas à l’abus de la substance mais englobe tout un système biopsychosocial en crise et motivé par la consommation de la substance en question. Si le traitement ne prend pas en compte l’ampleur de ce système, en garantissant une approche à la fois sociale et psychologique (régulière et contrôlée), la méthadone garantira l’arrêt de la consommation d’héroïne mais n’empêchera pas la consommation d’autres substances, comme la cocaïne, par exemple. Il en résultera une dépendance à deux substances : la cocaïne et la méthadone.
Lorsque la personne en question prend conscience de sa dépendance à la nouvelle substance, elle retourne à l’unité d’aide ; cette fois, le psychiatre prescrira des benzodiazépines (pilules anxiolytiques) et éventuellement un antipsychotique, pour traiter la nouvelle substance d’abus. Le traitement initial n’a pas fonctionné (parce que la personne a commencé à abuser d’une autre substance) mais malgré cela, on continue à insister uniquement sur l’approche pharmacologique du trouble sans effectuer de contrôles obligatoires de la consommation.
Résultat : la personne ajoute à sa dépendance une autre substance légale et prescrite (les benzodiazépines).
Peut-être que pendant un certain temps, le traitement biologique empêchera la consommation de cocaïne ou d’héroïne mais tôt ou tard, la personne rechutera dans l’abus de cocaïne, sans arrêter la prise de médicaments, de sorte que les benzodiazépines passeront du statut de traitement à celui de substance d’abus (drogue).
Résultat : la personne est dépendante de deux drogues légales (benzodiazépines et méthadone) et d’une drogue illégale (cocaïne). La situation s’est aggravée.
Durant ce processus, 20 ans peuvent s’écouler, au cours desquels il/elle aura été admis(e) dans des centres de désintoxication, des prisons,…. Dans aucun d’entre eux n’aura quitté les drogues légales, si un cas aura augmenté les doses. Dans le cas des illégaux, ils auront été contrôlés pendant les admissions mais pas en dehors.
À tous les problèmes d’abus, s’ajoute très probablement une maladie infectieuse comme le VHC ou le VIH, voire les deux, ce qui implique de commencer un traitement antirétroviral.
Le début du traitement antirétroviral peut s’accompagner du besoin de reprendre l’héroïne (cela est dû au fait que les antirétroviraux contrecarrent les effets de la méthadone) et la personne le signalera très probablement, là encore, au psychiatre. Le psychiatre augmentera la dose de méthadone afin d’éviter la souffrance du patient.
Pour information, expliquez que les rétrovirus ont un régime quotidien strict, cela signifie que si la personne oublie souvent le régime ou abandonne le traitement, la méthadone sera toujours élevée et de plus, lorsqu’elle reprendra le traitement antirétroviral, son corps aura développé une tolérance au nouveau régime de méthadone et elle ressentira le même besoin de prendre de l’héroïne qu’au début du traitement.
Résultat : la dose de méthadone est à nouveau augmentée à chaque sevrage et reprise ultérieure du traitement, on peut donc entrer dans une boucle ascendante qui nous pousse à la chronification du traitement de la dépendance à la méthadone.
Il faut savoir que la méthadone est un opiacé de synthèse et tout comme l’héroïne a un syndrome de sevrage (fièvre, sueurs froides, vomissements, douleurs osseuses, très forte fatigue, anxiété, incapacité à bouger,…) que l’on peut ressentir rien qu’en en ayant pris pendant quelques semaines, alors imaginons le syndrome de sevrage après 20 ans. Ce que je n’ai pas dit, c’est que le toxicomane, exemple du cas hypothétique, n’avait consommé de l’héroïne que pendant deux années consécutives. En d’autres termes, le traitement de sa propre dépendance est non seulement plus long que sa propre histoire de consommation, mais il a aggravé son état de santé, l’a rendu dépendant de davantage de substances et a rendu impossible sa réinsertion dans la société. En tant que malade chronique, il reçoit probablement une sorte de pension ou d’assistance, ce qui aggrave encore le processus d’amélioration lui-même, c’est parce qu’il n’y a pas de contrôle de la consommation et il est probable que la plupart de cette aide va directement à l’achat de plus de drogues.
À ce stade, le polytoxicomane vient nous demander de l’aide, explique l’histoire et en raison des situations collatérales qu’il a subies, nous avons décidé de l’admettre le plus rapidement possible. L’admission dans un centre de réhabilitation à Barcelone est un long processus d’au moins 2 mois, à moins que vous n’ayez beaucoup d’argent, et ce n’est généralement pas le cas. Donc, nous cherchons un centre évangéliste, mais avec de faibles exigences (qui permettent de fumer, les lignes directrices de la médication, la méthadone, …).
Lorsqu’on contacte la communauté thérapeutique et envoyer les données pertinentes de la personne à entrer, je suis stupéfait quand ils refusent l’admission et pas pour la quantité de cocaïne prise si pas pour la quantité de médicaments prescrits que vous avez (tous prescrits par un psychiatre, médicament légal).
Distinguons ce que nous entendons par médicaments légaux prescrits et traitement médicamenteux thérapeutique :
Tout traitement pharmacologique prescrit pour le traitement de la toxicomanie comporte des directives d’administration. Je comprends que dans certains cas où il y a eu une épidémie psychiatrique, certains médicaments restent chroniques. Si ce n’est pas le cas, le traitement doit comporter une augmentation, un maintien et une diminution, sinon il s’agirait de substituer un médicament à un autre. Si ce traitement devait amener le toxicomane à cesser de prendre des drogues illégales, je ne penserais pas non plus que tout soit mauvais. Le problème se pose lorsqu’il y a une prescription inconsidérée de médicaments sans contrôle et que l’usager cesse de les prendre dans le cadre de la thérapie pour en faire un usage frauduleux.

Utilisations frauduleuses de médicaments psychoactifs :
-Contrebande avec d’autres toxicomanes.
-Utilisation non indiquée : après la consommation de cocaïne, on peut prendre des anxiolytiques pour réduire les effets de la cocaïne ; prendre des doses beaucoup plus élevées qu’indiqué pour le plaisir qu’elle procure.
-Adulter (couper) d’autres drogues illégales comme la cocaïne ou l’héroïne.
-Il y a des toxicomanes qui utilisent des médicaments dont le principe actif est l’alprazolam mélangé à de l’alcool pour se désinhiber et « s’en sortir » (sortir et voler pour avoir de l’argent…)
-Ces médicaments ont un niveau de dépendance très élevé.
-…..
Après avoir expliqué tout cela, il faut dire que tous ces traitements effectués de la manière décrite, je répète que c’est très courant, non seulement n’aident pas à la désintoxication des patients mais la perpétuent dans le temps et l’aggravent. Je voudrais aussi dire que j’ai le sentiment que cette thérapie extrêmement pharmacologique est faite délibérément pour faire un profit financier au détriment de la santé des gens. Après le cas ci-dessus, imaginez le coût en traitement pharmaceutique que le psychiatre a prescrit au sujet pendant ces 20 ans et ce qu’il lui reste. Inutile de préciser que tous ces traitements sont payés par la sécurité sociale. Si j’ai réalisé tout cela en seulement 7 ans (en réalité beaucoup moins), pourquoi le psychiatre, qui fait cela depuis 30 ans, ne dit rien ? Y a-t-il une éthique ou une morale dans tout cela ? Le but est-il de guérir les patients, d’enrichir les laboratoires pharmaceutiques ou de faire du profit ? Quelqu’un devrait faire quelque chose ?

Alternatives

Il s’agirait de traiter tous les aspects de la vie du toxicomane : le biologique, le psychologique, le social et, pourquoi pas, le culturel. En d’autres termes, un traitement intégral du toxicomane qui envisage l’amélioration réelle du patient et non la spéculation des industries pharmaceutiques ou le bénéfice économique de tiers.

S’il est nécessaire de prescrire des médicaments, des contrôles périodiques de la consommation doivent toujours être inclus dans la ligne directrice. Vous ne pouvez pas administrer un traitement pharmacologique psychoactif à une personne souffrant d’un trouble de la dépendance si vous ne disposez pas d’un contrôle constant pendant le traitement. En connaissant tout ce qui concerne l’usager, on peut adapter la médication aux éventuelles fluctuations de l’état de santé du patient (s’il prend des antirétroviraux ou arrête de les prendre, s’il a fait une rechute, …) De plus, le traitement doit avoir un début et une fin programmés, peu importe si les circonstances allongent alors exceptionnellement la sortie, le patient doit prévoir une fin de traitement. Si le pronostic et l’évolution s’aggravent, il faut intensifier les aspects psychologiques et la réinsertion sociale au lieu de gaspiller le temps et la santé de l’usager avec des médicaments combinés.

Beaucoup d’entre vous me diront que cette alternative est très coûteuse économiquement mais s’il y avait un contrôle strict des médicaments, je suis sûr qu’elle serait infiniment plus rentable qu’elle ne l’est actuellement. Le coût des traitements utilisés frauduleusement est très élevé, c’est l’argent de tous qui va dans les mains des compagnies pharmaceutiques. La réinsertion de l’ancien toxicomane dans la société est le seul moyen de ne pas retomber dans la consommation et cela ne se fait pas sans traitement psychologique et éducatif.

En conclusion, il faut éviter de privilégier le traitement de la toxicomanie par l’offre d’autres drogues, car malheureusement :  » La pilule du bonheur n’existe pas.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *