Le week-end où j’ai quitté le monde

Ce vendredi-là, j’arrive en courant à la gare, submergé par le trafic intense d’avant week-end. Quand j’arrive enfin à mon siège, je dépose mes affaires et vais directement à la voiture-café pour boire un verre. Une idée qui s’avère nulle : un enterrement de vie de garçon a littéralement envahi l’espace avec des blagues bruyantes et de l’alcool camouflé dans des sacs d’épicerie. J’arrive à ma destination, je monte dans une voiture avec un ami et le GPS nous perd (la corrélation sujet/verbe est totalement délibérée). Finalement, nous arrivons à destination littéralement en courant, une demi-heure avant le début de la retraite de yoga et de méditation d’un week-end que nous sommes sur le point de rejoindre. Disons que les préliminaires n’ont pas trop aidé à préparer mon corps et mon âme à ce qui nous attendait.

Dès que nous entrons dans le centre bouddhiste Sakya de Pedreguer (Alicante), nous sommes accueillis par l’un des bénévoles qui y travaillent avec abnégation. Il parle fort et fait des blagues décontractées dès qu’il nous voit. Wow -je me dis-, les bouddhistes ne sont pas introspectifs et silencieux tout le temps.

Dans notre chambre -simple et monastique mais impeccable- nous trouvons le programme qui nous attend pour tout le week-end : yoga, méditation et enseignements en horaire ininterrompu de 7h du matin à 21h du soir. Je le lis et je panique un peu. Je regrette même un instant de ne pas être venue en voiture au cas où, à un moment donné, j’aurais envie de partir parce que je ne supporte pas tant de calme. Je n’ai jamais fait de yoga ou de méditation auparavant et, bien que le site internet du centre ait insisté sur le fait que ce programme était adapté à tous les niveaux, je crains de ne pas pouvoir assimiler une telle déconnexion en si peu de temps.

Toutes les séances de méditation sont guidées par le Vénérable Lama Rinchen, lama résident du centre d’Alicante (cela fonctionne un peu comme les DJ et les clubs, les temples dans ce cas de la techno) et l’un des rares lamas hispanophones au monde. Son entrée dans le temple comporte tout l’attirail rituel de n’importe quelle autre religion – nous nous tenons tous debout en silence et les paumes de mains jointes sur la poitrine en signe de respect – et j’avoue que lorsque nous prions tous ensemble à haute voix, je ne me sens pas tout à fait à l’aise. Ce sont des prières bouddhistes traditionnelles, et il n’y a rien de mal à cela, mais la dévotion publique et communautaire est inversement proportionnelle au détachement que je ressens.

Chaque séance de méditation est introduite par une série d’enseignements que le lama partage avec tout le monde. Le premier jour est axé sur la nécessité de vivre dans le présent. Nous passons notre vie à évoquer et à recycler des souvenirs – bons ou moins bons – et à faire des plans pour l’avenir, mais nous ne sommes pas tout à fait à l’aise dans l’ici et le maintenant, et nous ne sommes pas non plus seuls avec nous-mêmes. Combien de temps pouvez-vous rester seul à la maison sans prendre votre téléphone ou mettre quelque chose sur Netflix, demande-t-il. Touché. Le message est clair comme de l’eau de roche.

Je pense soudain à toutes ces fois où je monte dans le bus et où je vois tous les passagers concentrés sur leur téléphone. Je le fais moi-même. Bien que parfois, ces derniers temps, je me force à ne pas le faire pour simplement regarder par la fenêtre. C’est difficile et je ne parviens pas toujours à rentrer chez moi sans jeter un coup d’œil rapide à mon smartphone. Cela m’arrive aussi à la maison. Les rares fois où je suis seule, j’ai immédiatement besoin d’un stimulus – un livre, un magazine, une musique de fond ou la télévision. Je ne me souviens pas plus d’être seul et tranquille que lorsque je suis insomniaque, et ce n’est pas exactement un sentiment agréable.

Pour autant, la pratique de la méditation ne s’avère pas aussi compliquée que je le pensais. Le discours précédent du lama a planté dans mon cerveau plusieurs pensées inédites et suffisamment profondes pour que je m’y concentre, de sorte que j’ai de la matière fraîche dans laquelle puiser pendant 20 minutes d’enfermement. Après tout, c’est un peu ce que je fais semblant de faire tous les jours dans le bus, mais en plus professionnel.

Je suis encore loin d’atteindre cet état d’esprit entre le conscient et le détendu qu’exige la pratique méditative, mais je suis capable de laisser aller les pensées qui me traversent l’esprit assez facilement et c’est réconfortant de sentir que l’on a le contrôle de soi. Pendant quelques instants, vous êtes le seul à avoir le contrôle. Et c’est, justement, un autre des grands sujets de conversation du maître : la facilité avec laquelle nous nous dérobons à la responsabilité de tout ce qui nous arrive et la rapidité avec laquelle nous identifions les coupables (le travail, la malchance, un patron ennuyeux, un ami qui n’était pas là…) par opposition à la façon dont nous sommes égocentriques pour le reste des choses : tout a à voir avec moi mais je ne suis l’agent de (presque) rien. Curieux, n’est-ce pas ?

Peut-être que dire que cette expérience m’a profondément transformé est trop dire, mais ce que je sais, c’est que si nous abandonnions tous nos vies pendant quelques jours pour ne pas penser à ce qui n’est pas vraiment important, probablement que nous serions tous un peu plus civiques, plus empathiques et plus éduqués. Parce que vivre par inertie est totalement incompatible avec le fait d’être tout ce qui précède.

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