L’utilisation à long terme de benzodiazépines liée à la maladie d’Alzheimer

PUBLIÉ DANS ‘THE BRITISH MEDICAL JOURNAL’

L’utilisation à long terme de benzodiazépines liée à la maladie d’Alzheimer

JANO.fr – 10 septembre 2014

Une étude canadienne montre que l’utilisation continue de ces médicaments augmente le risque de développer la maladie de plus de 50%.

L’utilisation à long terme de pilules pour traiter l’anxiété et les problèmes de sommeil est liée à la maladie d’Alzheimer, révèle une recherche dont les résultats sont détaillés dans The British Medical Journal.
La démence touche actuellement environ 36 millions de personnes dans le monde et ce nombre devrait doubler tous les 20 ans, pour atteindre 115 millions en 2015. Bien qu’un risque accru de démence ait été identifié chez les consommateurs de benzodiazépines, la nature de cette association, qu’elle soit causale ou non, n’était pas claire. Une équipe de chercheurs basés en France et au Canada a donc entrepris d’étudier la relation entre le risque d’Alzheimer et l’exposition aux benzodiazépines sur plus de plusieurs années, ainsi qu’une éventuelle relation dose-réponse.
En utilisant la base de données du programme d’assurance maladie du Québec (RAMQ), les scientifiques ont suivi un groupe de résidents âgés du Québec, au Canada, à qui l’on avait prescrit des benzodiazépines. Sur une période d’environ 6 ans, 1 796 cas de maladie d’Alzheimer ont été identifiés. Les résultats ont montré que la consommation passée de benzodiazépines pendant trois mois ou plus était associée à un risque accru (jusqu’à 51 % de plus) de développer la maladie.
Un ajustement supplémentaire pour les symptômes qui pourraient indiquer le début d’une démence, comme les troubles anxieux, la dépression ou les difficultés à dormir, n’a pas modifié les résultats de manière significative. Les auteurs soulignent que la nature de la relation n’est pas encore définitive, mais que la forte association observée avec une exposition à long terme « renforce la suspicion d’une possible association directe et que même l’utilisation de benzodiazépines pourrait également être un marqueur précoce d’une maladie associée à un risque accru de démence. »

Les auteurs soulignent également que l’association entre l’utilisation de benzodiazépines et la démence n’est pas encore définitive.

Limiter les benzodiazépines à trois mois
Les benzodiazépines sont, « indiscutablement, des outils précieux pour la gestion des troubles anxieux et de l’insomnie passagère », écrivent-ils, mais ils préviennent que les traitements « doivent être de courte durée et ne pas dépasser trois mois. » Les auteurs soulignent que leurs résultats sont « d’une grande importance pour la santé publique, notamment au vu de la prévalence et de la chronicité de l’usage des benzodiazépines dans la population âgée et de l’incidence élevée et croissante de la démence dans les pays développés ».
Au vu de ces données, ils concluent qu' »il est désormais crucial d’encourager les cliniciens à peser soigneusement les avantages et les risques liés à l’instauration ou au renouvellement d’un traitement par benzodiazépines et produits apparentés chez les patients âgés. »
L’American Geriatrics Society a mis à jour en 2012 sa liste de médicaments inappropriés pour les personnes âgées pour y inclure les benzodiazépines, précisément en raison de leurs effets secondaires cognitifs indésirables. Cependant, près de 50 % des personnes âgées continuent à utiliser ces médicaments.

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