Michel de Montaigne

Montaigne est né près de Bordeaux dans un château appartenant à sa famille paternelle le 28 février 1533. Sa famille maternelle, d’origine juive espagnole, est issue de judéo-convertis aragonais, les López de Villanueva, recensés dans le quartier juif de Calatayud ; certains d’entre eux ont été persécutés par l’Inquisition espagnole, dont Raimundo López qui a d’ailleurs été brûlé sur le bûcher. Du côté maternel, il était cousin germain de l’humaniste Martín Antonio del Río, qu’il a pu rencontrer personnellement entre 1584 et 1585. La famille paternelle de Michel (les Eyquem) jouissait d’une bonne position sociale et économique et il a étudié au prestigieux Collège de Guyenne à Bordeaux. Montaigne est le frère de Jeanne de Montaigne, mariée à Richard de Lestonnac et donc l’oncle de Sainte Jeanne Lestonnac.

EnfanceEdit

Il reçoit de son père, Pierre Eyquem, maire de Bordeaux, une éducation à la fois libérale et humaniste : nouveau-né, il est envoyé vivre chez les paysans d’un des villages de son domaine afin qu’il connaisse la pauvreté. Lorsqu’il avait quelques années, dans son château, on le réveillait toujours avec de la musique, et pour qu’il apprenne le latin, son père a engagé un précepteur allemand qui ne parlait pas français et interdisait aux employés de s’adresser à l’enfant en français ; il n’a donc eu aucun contact avec cette langue pendant les huit premières années de sa vie. Le latin était sa langue maternelle ; puis on lui enseigna le grec, et après l’avoir complètement maîtrisé, il commença à entendre le français.

Travail de magistratModifié

Il fut ensuite envoyé à l’école à Bordeaux, et y accomplit en sept ans seulement les douze années de scolarité. Il a ensuite obtenu un diplôme en droit à l’université. Ses relations familiales lui valent d’être nommé magistrat de la ville et il y rencontre un collègue qui deviendra son grand ami et correspondant, Étienne de La Boétie, auteur d’un Discours sur la servitude volontaire que Montaigne tient en très haute estime ; Sa mort précoce l’a laissé dévasté ; ce genre d’amitié, écrivait-il, était le genre que l’on ne trouve « qu’une fois en trois siècles ». Nos âmes marchaient si près l’une de l’autre que je ne savais pas si c’était la sienne ou la mienne, même si je me sentais certainement plus à l’aise de lui faire confiance qu’à moi-même. Les douze années suivantes (1554-66) sont passées à la cour.

Humaniste et sceptique : les Essais

Admirateur de Lucrèce, Virgile, Sénèque, Plutarque et Socrate, c’est un humaniste qui prend l’homme, et en particulier lui-même, comme objet d’étude dans son œuvre principale, les Essais commencés en 1571 à l’âge de 38 ans, alors qu’il se retire dans son château. Il a écrit : « Je veux être vu sous ma forme simple, naturelle et ordinaire, sans contrainte ni artifice, car je suis l’objet de mon livre ». Le projet de Montaigne était de se montrer sans masques, de dépasser les artifices pour révéler son moi le plus intime dans sa nudité essentielle. Doutant de tout, il ne croyait fermement qu’en la vérité et la liberté.

Il était un critique acerbe de la culture, de la science et de la religion de son temps, au point d’en venir à considérer l’idée même de certitude comme inutile. Son influence a été colossale sur la littérature française, occidentale et mondiale, en tant que créateur du genre connu sous le nom d’essai.

Voyage en Italie de Michel de Montaigne 1580-1581

Guerres de ReligionEdit

À l’époque des guerres de Religion, Montaigne, lui-même catholique, mais ayant deux frères protestants, tente d’être un modérateur et de temporiser avec les deux camps opposés. Il était respecté en tant que tel par le catholique Henri III et le protestant Henri IV.

Comme à partir de 1578 il commence à souffrir de la même maladie de la pierre qui avait fini par tuer son père, il décide de se rendre dans les grandes stations thermales d’Europe pour prendre leurs eaux, profitant également de l’occasion pour se distraire et s’instruire / se distraire et s’instruire. De 1580 à 1581, il voyage à travers la France, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse et l’Italie, tenant un journal détaillé dans lequel il décrit divers épisodes et les différences entre les régions qu’il traverse. Cependant, cet écrit n’a été publié qu’en 1774, sous le titre Diary of a Journey. Il se rend d’abord à Paris, où il présente les Essais à Henri III de France. Il est resté longtemps à Plombières et à Baden, puis il est allé à Munich. Il passe ensuite en Italie par le Tyrol, s’installe à Rome (1581), puis se rend à Lucques, où il apprend en septembre de la même année qu’il a été élu maire de Bordeaux.

Son père Pierre Eyquem avait déjà été maire de cette ville, que Michel a gouvernée jusqu’en 1585. Les deux premières années sont faciles, mais tout se complique lorsqu’il est réélu en 1583 et qu’il doit faire face à la guerre de religion VIII et aux tensions modérées entre catholiques et protestants. Il y parvient en faisant preuve des talents d’un grand diplomate, car il réconcilie Henri III de Navarre avec le maréchal Jacques de Goyon, seigneur de Matignon et de Lesparre, comte de Thorigny, prince de Mortagne sur Gironde et gouverneur de Guyenne. Avec Matignon, il réussit à empêcher une attaque de la Ligue sur Bordeaux en 1585. Vers la fin de son mandat, à l’été de cette dernière année, la peste assiège cette ville, et il décide de ne pas présider, comme le veut la tradition, l’acte d’élection de son successeur et de rentrer dans ses possessions avec les siens.

Il refuse la CourEdit

Enrich IV, avec qui il a toujours entretenu des relations amicales, l’invite à la Cour après avoir gagné la bataille de Coutras en octobre 1587, redevenu roi de France. Mais Montaigne a été agressé et volé sur son chemin vers Paris ; il est resté quelques heures à la Bastille pendant la journée des barricades. Le roi lui offre le poste de conseiller royal mais, se souvenant du triste rôle joué par Platon à la cour du tyran Denys de Syracuse, il décline une proposition aussi généreuse : « Je n’ai jamais reçu de générosité de la part des rois, que je n’ai ni demandée ni méritée, et je n’ai reçu aucune rémunération pour les démarches que j’ai faites à leur service. Je suis, sire, aussi riche que je l’imagine. »

La même année, il rencontre sa grande admiratrice, Mademoiselle ou M.Elle Marie Le Jars de Gournay, qui devait être sa fille d’alliance ou « fille élective », a publié en 1595 l’édition dite « posthume » des Essais, avec les ajouts et corrections de Montaigne postérieurs à 1588 ; cette édition a longtemps été considérée comme la plus autorisée, bien que les éditeurs modernes préfèrent aujourd’hui celle, avec les notes manuscrites de Montaigne, conservée à la Bibliothèque municipale de Bordeaux.

« Que sais-je ? »

Montaigne continue à réviser et à prolonger d’un troisième livre ses Essais (la cinquième édition, à partir de 1588) jusqu’à sa mort, survenue le 13 septembre 1592 dans le château qui porte son nom, sur les poutres du plafond duquel il a fait graver ses citations préférées. La devise ou le mot d’ordre de sa tour était « Que sais-je ? (« Qu’est-ce que je sais ? » ou « Que sais-je ? »), et il a fait frapper une médaille représentant une balance dont les deux plateaux sont en équilibre.

Sa postérité était divisée dans le jugement que méritait son œuvre, et ainsi au dictum sévère de Blaise Pascal selon lequel c’était « un projet insensé que Montaigne a eu de se peindre » / le sot projet que Montaigne a eu de se peindre répondait celui plus modéré de Voltaire selon lequel c’était charmant « le projet que Montaigne a eu de se peindre naïvement, comme il l’a fait ». For he painted human nature » / le charmant projet que Montaigne a eu de se peindre naïvement, comme il a fait. Car il a peint la nature humaine. Voltaire, en fait, paraphrasait une pensée de Montaigne lui-même : « Chaque homme porte la forme entière de la condition humaine ». La critique de Pascal doit cependant être prise en compte en sachant que le projet de se peindre soi-même pour instruire le lecteur n’était pas si original ; Saint Augustin d’Hippone l’avait déjà énoncé dans ses Confessions : « Je n’ai pas d’autre but que de me peindre moi-même Ce ne sont pas mes actes que je décris, mais moi-même : c’est mon essence ».

Statue dans le quartier latin de ParisEdit

Sa statue, érigée dans les années 1930, et qui se dresse place Paul Painlevé, dans le quartier latin central de Paris, sert de porte-bonheur aux étudiants de La Sorbonne qui se trouve juste en face, et qui, avant les examens, touchent le pied droit de la statue.

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