Teigne inflammatoire du cuir chevelu due à Microsporum gypseum chez un adulte

Introduction

L’infection dermatophytique du cuir chevelu ou tinea capitis reste une maladie relativement fréquente dans les consultations dermatologiques, malgré l’amélioration des conditions hygiénico-sanitaires existant dans notre environnement. Il existe plusieurs formes cliniques de tinea capitis, principalement inflammatoires et non inflammatoires1. Elles peuvent être causées par divers dermatophytes des genres Microsporum ou Trichophyton2,3. Dans le cas des teignes inflammatoires, les agents étiologiques les plus fréquemment isolés sont des champignons zoophiles tels que T. mentagrophytes et T. verrucosum, et moins fréquemment ils sont causés par des champignons géophiles tels que M. gypseum4.

DESCRIPTION DU CAS

Une femme de 70 ans, sans antécédents médicaux ou chirurgicaux intéressants, vivant dans une petite ville rurale, s’est présentée au service de dermatologie avec des lésions cutanées sur le cuir chevelu et la face latérale gauche du cou, présentes depuis 3 ans et traitées avec des corticostéroïdes topiques, avec une amélioration partielle. Le patient vivait avec un fils infecté par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH). Elle n’a pas signalé de contact avec des animaux. Pas de traitement médical régulier.

L’examen physique a révélé une plaque étendue d’alopécie diffuse touchant presque toute la calotte crânienne (figure 1), avec des papulopustules folliculaires et des lésions croûteuses jaunâtres généralisées avec une composante inflammatoire modérée. Il n’y avait pas de fragilité capillaire à la traction manuelle, pas de regroupement des follicules pileux, et pas de lésions d’alopécie cicatricielle. En outre, l’hémicollerette gauche présentait plusieurs plaques érythémateuses et squameuses aux contours irréguliers mais bien définis. Aucune adénopathie latéro-cervicale n’était palpable. Dans le reste de l’examen physique, tant dermatologique que général, il n’y avait pas d’altérations d’intérêt.

Fig. 1.–Plaque étendue d’alopécie avec des lésions papulocostiques abondantes.

Une biopsie cutanée a été réalisée, à la fois du cuir chevelu et du cou, y compris des échantillons pour la culture microbiologique. Le rapport pathologique a montré des mycéliums abondants et des spores fongiques arrondies sur toute la longueur de plusieurs follicules pileux, colorés positivement par le PAS (periodic acid Schiff) (Fig. 2) et Grocott, accompagnés d’un infiltrat inflammatoire mixte modéré dans le derme superficiel. La culture des échantillons soumis à la microbiologie a confirmé la présence d’un champignon filamenteux avec d’abondantes macroconidies de morphologie fusiforme et des parois épaisses et septées, qui a ensuite été identifié comme étant M.

Fig. 2.–Biopsie de scalp montrant de nombreuses spores autour du follicule pileux. (Coloration acide périodique de Schiff, x240.)

Le patient a été traité par 100 mg/jour d’itraconazole oral, pendant 6 semaines, en plus de la prescription de fomentations de borate de sodium à 2% toutes les 12 h pendant les 10 premiers jours. Lors de l’examen effectué 4 mois après le début du traitement, elle a montré une guérison complète et aucune lésion d’alopécie cicatricielle résiduelle.

DISCUSSION

Différentes études épidémiologiques récentes s’accordent à dire que M. gypseum est l’agent étiologique responsable de 1,4% des infections à dermatophytes dans notre pays5,6. Ce champignon représente la forme asexuée commune de deux espèces différentes, Arthroderma gypseum et A. incurvatum7. C’est la seule espèce géophile qui est clairement pathogène pour l’homme et qui provoque principalement des cas de tinea corporis8 ou de tinea capitis9, bien qu’elle puisse aussi être isolée sporadiquement dans d’autres endroits10,11. Elle touche plus fréquemment les enfants que les adultes12 et, bien que l’identification microbiologique soit souvent difficile à réaliser, elle peut être isolée directement du sol, notamment dans les zones fréquentées par les animaux13 à l’aide d’appâts à base de kératine (technique de Vanbreuseghem).

Elle produit généralement des lésions très inflammatoires, bien qu’il ne soit pas rare, comme dans notre cas, qu’un traitement antérieur par corticostéroïdes topiques masque l’aspect clinique de la maladie. Dans ces cas, le diagnostic différentiel doit être établi avec les processus eczémateux ou psoriasiformes, la folliculite décalvante ou la dermatite pustuleuse érosive du cuir chevelu2.

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